Ce texte en guèze que nous trouvions en Allemagne nous conduit auprès d'un prêtre, mort, et aujourd'hui nous reconduit en Éthiopie où un traducteur nous éclairerait certainement.
Celui-ci était loin de ressembler au prêtre. Nous lui confiâmes l'écrit et après l'avoir lu, nous regarda désemparé :
_Ce texte reste plus qu'étrange, il ne développe aucune idée concrète.
_Que dit-il ? Lui demandai-je, impatiente.
_D'après moi, ça pourrait donner :
Sous les trigones étoilés, j'ai confié aux mages le disque des facultés, dissocié les parties qui conjuguent les colonies. Qu'ils y restent celés sous les piliers de l'abondance. Qu'aucun ne sache où l'apogée se trouve, la nuit de l'un est gardienne du prélude. Que l'homme ne l'éveille, à la jonction des temps imaginaires se dessine l'aboutissement de l'aire.
_Si cela vous parle, j'en suis heureux sinon, je ne peux rien faire de plus pour vous.
Il me rendit l'écrit et partit rejoindre son poste à la capitale : Addis-Abeba.
...
_Nous voilà bien avancés !
C'était mon amie, qui commençait à trouver cette quête longue, je ne pu la contredire, moi même était au bord de la crise de nerfs.
Nous laissâmes passer la nuit dans un hôtel du centre et au matin quelle ne fut pas ma surprise quand la femme de chambre m'amena un courrier, destiné disait-on, à la chasseuse.
Je l'ouvrit fébrilement, m'attendant au pire. Une lettre écrite en finlandais se tenait à l'intérieur:
Chère chasseuse,
Ce courrier va sans doute vous paraître étrange, mais je tenais à vous dire à quel point j'admire votre travail. Je ne sais si cette lettre ne sera pas interceptée par vos chefs mais je désirais ardemment vous entretenir d'une sérieuse affaire dont, je crois, vous avez la charge. Tout d'abord, la traduction dont vous avez hérité est truffée d'erreurs, je ne dis pas que ma connaissance soit parfaite, mais je trouve cette traduction d'un rustre bien que le problème qui se pose ici ne soit pas celui de la traduction mais plutôt de l'interprétation. On ne traduit pas une poésie mot à mot n'est ce pas ? Il en est de même pour les écritures anciennes. La traduction dirait plutôt cela :« J'ai dissocié la table des mémoires, confié aux magistères des colonies les parties qu'elle conjugue. Sous les trigones étoilés que restent celées les ombres de l'infinité. Qu'aucun ne sache où l'apogée se trouve, la nuit de l'un garde l'origine. Que personne ne l'éveille, à la réunion des temps imaginaires, se dessinera la fin de l'aire.»
Pardonnez-moi de ne pouvoir vous remettre cela en main-propre mais il est préférable que je ne sois pas aperçu en votre compagnie.
Par la suite, je souhaitais vous dire que j'ai continué la transcription. A ce sujet, votre écrit est incomplet, il en manque une ligne ; elle fut effacée du manuscrit. J'en ai retrouvé la trace en Égypte.
La phrase manquante dit cela :« Le lion dort sur la pierre de la connaissance.»
Tout cela reste bien mystérieux n'est ce pas ? Pour moi aussi. Mais mon instinct me dit que cette information pourrait peut-être un jour vous être précieuse. Beaucoup de lions dorment au pied des pyramides, n'oubliez pas que certains sont plus sauvages que d'autres, plus épris de liberté. Les plus solitaires vivent loin de la meute ; j'imagine que je ne vous apprends rien. Soyez prudente chère amie, vous n'êtes pas seules à vous passionner pour cet écrit. Et quand bien même elle ne serait qu'une légende...je sais que certains rêves, souvent les plus fous, conduisent aux découvertes les plus surprenantes. Faites un bon voyage. Je me réjouis que vous l'entrepreniez.
Votre dévoué, S.I.D.E.
Quel que fut la personne m'aillant envoyé cette lettre, il ne fallait pas rester plus longtemps ici.
Je prévins mon amie et nous prîmes le premier avion pour Paris.
Nous avions passé quelques temps à Paris et mes journées n'étaient ponctuées que du silence de la grande bibliothèque. Je cherchais une quelconque information. Un matin, alors que je finissais la lecture d'un ouvrage pour le moins étrange, j'entendis souffler dans mon dos, :
_Les pyramides cachées, la connaissance, l'autre texte. Si un jour vous le trouviez, alors laissez-le dormir, je vous en prie, il est encore trop tôt pour le réveiller, ne commettez pas l'irréparable.
Je me retournais, personne. Je me levais brusquement et des murmures d'exaspération me firent comprendre que je devais sortir.
Je rejoignais mon amie et sitôt je lui eu expliqué, qu'elle se précipitait dans la chambre pour en sortir un livre.
Je la questionnais du regard.
_Cette personne t'a parlé de pyramides cachées. Selon mes recherches et ce livre, il y aurait trois endroits où seraient cachées des pyramides. En Amérique centrale, certains temples furent découverts et aussitôt oubliés, la nature les recouvre à nouveau ; en Bosnie, des images satellites ont révélé la présence de pyramides, on ne sait toujours pas qui les a construites, ni pour quelles raisons ; et en Chine, là c'est une toute autre histoire.
_Il y a des pyramides en Chine ?
_On les compte par centaines. Elles étaient totalement inconnues du monde occidental jusque dans les années 1910. La plupart d'entre elles se trouvent dans la province de Shaanxi, dans un rayon de cent kilomètres autour de la ville de Xi'an. Les premières furent découvertes en 1912 , d'autres furent révélés en 1913. En 1945, un pilote de l'armée américaine qui effectuait un vol entre l'Inde et la Chine aurait pris, en survolant les monts Qinling, une photo aérienne de ce qu'il baptisa la pyramide blanche. On n'a jamais pu la situer depuis, mais elle serait bien plus grande que la pyramide de Kheops. On sait que les pyramides de Chine n'était pas construite dans la même matière que les autres, mais, on sait aussi qu'elle servait de sépultures comme ses cousines égyptiennes. Les pyramides ont toujours fasciné les esprits, elle ont donné naissance à pas mal d'hypothèses farfelues. Une chose est cependant troublante : les pyramides les plus importantes furent toutes érigées à peu près à la même époque, sans que personne comprenne comment des civilisations si distantes les unes des autres aient reproduit partout un modèle architectural similaire.
_On voyageait peut-être plus à cette époque qu'on ne le suppose, m'aventurai-je à suggérer, l' Égypte et l'Éthiopie avaient, selon mon dernier livre, de puissant liens remontant à la deuxième dynastie des pharaons et de nombreuses fresques du quinzièmes siècle avant Jésus-Christ dépeignent un groupe de nomades rapportant de l'or, de l'ivoire, de l'ébène, mais surtout de la myrrhe. Or, nous savons que très tôt, des les premières dynasties, les égyptiens étaient amateurs de myrrhe. Il est fort probable que les échanges entre l'Éthiopie et l' Égypte remontent aux plus anciennes époques de cette dernière.
_D'accord, mais quel est le rapport avec la pyramide chinoise?
_J'y viens. Ce qu'il faut établir c'est le rapport entre cet écrit et notre recherche. Il nous parle de pyramide. Souviens-toi de la troisième phrase du texte : Qu'aucun ne sache où l'apogée se trouve, la nuit de l'une est gardienne du prélude. Mais comme le dit la lettre, c'est un question d'interprétation. Le mot prélude peut signifier l'origine., l'on aurait : Qu'aucun ne sache où l'apogée se trouve, la nuit de l'une est gardienne de l'origine.
_C'est en effet plus jolie, mais je ne vois...attends ! D'après ce que tu me disais, l'écrit fut découvert par un allemand, en Éthiopie sur le lac Turkana, à quelques kilomètres du triangle d'Ilemi, le fameux pays de Pount, la frontière entre l' Éthiopie, le Kenya et le Soudan. Sais-tu comment les Égyptiens appelaient le pays de Pount ? Ils l'appelaient «Ta Nétérou», ce qui signifie la «Terre de dieux», ou encore le «pays de l'origine».
_Oui, tout ce tient ! Mais revenons à la Chine, malgré le témoignage de ce pilote, l'existence de cette pyramide blanche est toujours controversée, celle-ci culminerait à plus de trois cents mètres, elle serait alors la plus haute du monde.
_Nous devons donc nous rendre en Chine dans les monts Qinling ?
_C'est peut-être ce que nous suggère l'écrit. Les pyramides cachées,,,Amérique centrale, Bosnie ou Chine ! J'opterais pour la plus haute de toutes, c'est un pari, une chance sur trois ! Mais je fais confiance à mon instinct.
C'était décidé, nous partions donc pour la Chine et...
la chasse continuait ...